Un accent accru sur la représentation des sexes a-t-il fait ombrage au manque toujours problématique de conseils d’administration multiculturels? Observe enquête.

En 2015, un rapport McKinsey portant sur 366 sociétés publiques révélait que les entreprises qui se situent « dans le premier quartile au chapitre de la diversité ethnique et raciale au sein de la direction sont 35 pour cent plus susceptibles d’obtenir un rendement financier supérieur à celui de leur secteur d’activité ».

Il s’agit d’une statistique probante, qui dénote l’urgence de s’assurer qu’un véritable mélange de cultures au niveau de la direction et du conseil d’administration procure des avantages considérables, non seulement sur le plan de la rentabilité, mais aussi sur celui de l’efficacité du travail et de la prise de décisions éclairées.

Accepter les différences

Plus particulièrement, le rapport McKinsey conclut que « la diversité raciale et ethnique a un plus grand effet sur le rendement financier que la diversité des sexes, peut-être parce que les efforts déployés pour accroître la représentation des femmes aux échelons supérieurs des entreprises ont déjà donné des résultats positifs ».

La revue HBR.org partage cet avis, et ajoute : « Au cours des dernières années, un corpus de recherche a révélé un autre avantage plus nuancé de la diversité en milieu de travail : les équipes non homogènes sont tout simplement plus intelligentes. Le fait de travailler avec des gens différents de vous peut amener votre cerveau à emprunter de nouvelles avenues et aiguiser son efficacité. »

Stuart Morton, partenaire et chef de pratique, Services juridiques et professionnels d’Odgers Berndtson à Londres, qui préside également le conseil pour la diversité de l’entreprise, abonde dans le même sens : « Une équipe de direction qui ressemble à ses gens et qui partage leurs sentiments suscitera l’empathie – et donnera toujours lieu à des employés plus heureux et plus productifs qui sont prêts à en faire un peu plus. Les milléniaux, en particulier, recherchent des indicateurs positifs d’empathie et croient fermement aux valeurs fondamentales. Donc, se doter d’un conseil d’administration diversifié sur le plan culturel et ethnique n’est pas seulement une pratique exemplaire, c’est aussi une pratique avantageuse pour l’entreprise et pour la mobilisation des employés. »

Impératif en matière de diversité

L’Indienne Indra Nooyi, PDG et présidente du conseil d’administration de PepsiCo (qui vient d'annoncer récemment son intention de renoncer à ses fonctions), et une des dirigeantes issues d’une minorité ethnique les plus réputées du monde des affaires, a déclaré publiquement que la diversité de son équipe est un « impératif opérationnel ». À l’heure actuelle, 27 pour cent des hauts dirigeants de PepsiCo sont des femmes, et 36 pour cent sont des personnes de couleur.

Le palmarès Fortune a résumé l’état de la situation actuelle à l’aide de cette déclaration lapidaire : « La diversité raciale continue d’être, au mieux, un défi – et, au pire, une indéniable fiction – tout particulièrement dans les rangs des hauts dirigeants. »

Des changements à venir

Au Royaume-Uni, les entreprises reconnaissent l’existence de cette problématique et tentent d’y remédier. L’an dernier, les plus grandes entreprises britanniques se sont vu accorder un délai de quatre ans pour nommer au sein de leur conseil d’administration une personne issue d’une minorité ethnique, entre autres mesures recommandées dans une étude appuyée par le gouvernement portant sur le manque de diversité au sommet des entreprises britanniques.

En Australie, selon Julie Steiner, chef des pratiques Conseils d’administration et PDG, et présidente de la pratique mondiale Éducation d’Odgers Berndtson à Sydney, la diversité au sein des conseils d’administration s’est principalement concentrée sur la représentation des sexes. Mme Steiner cite un certain nombre d’études récentes qui appuient cette observation, comme un article de Sally Freeman, partenaire à KPMG, portant sur la question de la diversité au sein des conseils d’administration. Mme Steiner explique : « Je suis entièrement d’accord avec Sally Freeman lorsqu’elle déclare qu’un conseil d’administration qui comprend plus d’un “type” de personne procure de plus grands avantages à une organisation et se détache de la “pensée collective” typique. »

Beaucoup de chemin à faire

Des observations similaires peuvent être formulées à propos de la situation aux États-Unis : selon une étude Fortune réalisée en 2016, seulement 15 Noirs occupant le poste de chef de la direction ont fait partie du palmarès Fortune 500 depuis sa création. Il s’agit d’une malheureuse statistique qui doit changer, et le plus tôt sera le mieux.

Un de ces hauts dirigeants noirs, Arnold Donald, PDG de Carnival Corporation, la plus grande société de voyages d’agrément du monde, s’est retrouvé en tête de la liste EMpower des 100 meilleurs hauts dirigeants issus d’une minorité ethnique (EMpower 100 Ethnic Minority Leaders) à l’échelle mondiale l’année dernière. M. Donald a reçu ce prix pour son « grand sens du leadership et son engagement envers l’amélioration de la diversité et l’inclusion en milieu de travail, et pour son rôle de modèle inspirant ».

M. Donald n’a aucun doute sur les avantages d’un conseil d’administration multiculturel : « Nous sommes également très fiers de la diversité de notre main-d’œuvre et nous croyons que le pouvoir de la diversité de pensée stimule l’innovation, qui est à son tour alimentée par les connaissances et la créativité issues de nos riches cultures, expériences et perspectives afin de nous permettre d’atteindre des objectifs communs. »

Les travaux avant-gardistes menés par M. Donald et les 99 autres dirigeants de la liste EMpower sont des plus touchants, et il sera intéressant de voir où ils en sont lorsque la liste de 2018 sera publiée.

Le dernier mot sur ce sujet largement sous-abordé devrait revenir à la revue HBR, qui a très justement souligné que « même si de nombreuses études démontrent l’efficacité des équipes de travail diversifiées, beaucoup de chemin reste à faire avant de pouvoir dire que la majorité des conseils d’administration sont largement multiculturels ».

Stuart Morton

Stuart Morton is Head of the Legal & Professional Services Practice, recruiting senior fee earners and business services directors for the professions.  A former solicitor, Stuart’s practice encomp...

Julie Steiner

Julie Steiner is Managing Director Australia of Odgers Berndtson where she leads the industry practices: Education, Heath, Government, Financial Services, Culture plus Automotive and Industrial. Th...

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