Ce mois-ci, nous rencontrons Johann Koss. Natif de Norvège, il est le président et chef de la direction de Right To Play International (RTP), une organisation qui favorise le développement des enfants par la promotion du sport et du jeu dans des milieux démunis partout dans le monde. Œuvrant dans plus de 20 pays, RTP rejoint au-delà d’un million d’enfants chaque semaine grâce à ses centaines d’employés et à ses milliers d’entraîneurs bénévoles.

Avant RTP, Johann était sportif professionnel : champion olympique de patinage de vitesse, il partage le titre de sportif de l’année du magazine Sports Illustrated en 1994. En 2012, il est lauréat d’une mention spéciale pour l’entrepreneuriat social dans le cadre du Grand Prix de l’Entrepreneur 2012 d’Ernst & Young. En 2011, il figure sur la liste des 100 leaders de demain du magazine Time et est considéré comme un jeune leader mondial par le Forum économique mondial. 

Johann détient une formation en médecine de l’Université du Queensland, en Australie, ainsi qu’une maîtrise en administration des affaires de la Rotman School of Management, à l’Université de Toronto. Il siège actuellement au conseil d’administration de Gates ltée, de Dundee Industrial REIT et de Secunda inc.


Selon certains psychologues, le sport peut procurer aux futurs dirigeants une meilleure formation que n’importe quelle école de gestion. Êtes-vous d’accord?

Le sport ne remplacera jamais une formation universitaire, mais il ne fait aucun doute qu’un sportif dispose d’atouts précis : 1) la résilience, car les gens qui ont des antécédents sportifs comprennent que lorsqu’un obstacle se dresse, il suffit de travailler encore plus fort pour le surmonter; 2) le travail d’équipe, car les athlètes savent qu’on ne peut gagner tout seul; et 3) la fixation d’objectifs et la vision globale, car les sportifs n’ont aucun mal à établir des buts à long terme et à travailler assidûment pour les atteindre. 

Né en Norvège, vous avez étudié en Australie et êtes maintenant président et chef de la direction d’un organisme à but non lucratif au Canada. Tout un parcours! Pouvez-vous expliquer comment vous avez atterri ici, et pourquoi avoir choisi le Canada comme destination?

Le Canada offre le meilleur environnement multiculturel qui soit pour fonder un organisme à but non lucratif à l’échelle mondiale. De plus, il y a énormément de talent ici. Le pays a une bonne réputation à l’étranger; il se positionne très bien sur la scène internationale grâce à des années de bon travail. RTP profite d’un soutien considérable et ici, on comprend que le sport et le jeu sont des éléments clés dans l’éducation des enfants, même dans les régions les plus démunies du monde. J’ai eu la chance d’habiter trois pays différents et je peux dire que la Norvège, l’Australie et le Canada présentent de multiples ressemblances. 

Vous avez étudié en médecine pour, sans doute, devenir médecin. Ou avez-vous toujours su que vous deviendriez chef de la direction?

Je croyais devenir médecin, pas chef de la direction! Lorsque j’ai pris conscience que les enfants des régions les plus démunies du monde ne profitent aucunement du sport et du jeu, j’ai senti le besoin de créer un organisme qui le leur permettrait. J’ai fait appel à mon expérience en sports et en médecine comme point de départ, afin de fonder une organisation à grande échelle qui aurait un haut impact et des retombées de qualité. Grâce à ma maîtrise de Rotman, j’ai pu mettre à profit de nouvelles compétences pour stimuler la croissance de l’organisation. 

Quels sont les leaders qui vous influencent le plus, et pourquoi?

Plusieurs types de leaders ont eu une influence sur moi — qu’on parle de visionnaires comme Mandela et Gandhi, ou de dirigeants d’entreprises performants qui défendent une vision et qui font bouger les choses. Je suis toujours impressionné par les gens qui non seulement tiennent de beaux discours, mais qui joignent le geste à la parole et stimulent le changement. 

Quel genre de chef/patron êtes-vous?

Je suis un leader transparent et visionnaire qui fait bouger les choses. Le rôle de président et chef de la direction requiert des aptitudes en leadership aussi bien que des aptitudes en gestion. Que ce soit pour se relever après un échec ou une erreur, fixer des objectifs et un cap ou corriger des problèmes d’attitude, ces compétences sont cruciales pour favoriser la réussite. J’écoute, je questionne, je fais preuve d’empathie et, lorsqu’il le faut, je prends des décisions difficiles. En tant que chef, j’ai une vue d’ensemble des activités, mais j’ai aussi la capacité de tenir compte des détails, lorsque nécessaire. 

Vous avez récemment décidé de vous retirer de vos fonctions à RTP pour aller relever d’autres défis dans le secteur privé. Parmi vos aptitudes et compétences en tant que président et chef de la direction, lesquelles vous seront utiles dans le secteur privé? Quels sont les défis qui vous attendent?

RTP est toujours à la recherche d’un nouveau chef de la direction, ce qui signifie que je n’ai pas encore quitté mes fonctions. J’y demeure pour assurer une transition harmonieuse et réussie avec le prochain chef de la direction. Je suis d’avis que de nombreuses compétences peuvent être mises à profit à la fois dans les organismes à but non lucratif et dans les entreprises privées. Un savoir-faire général est toujours utile, par exemple en ce qui a trait à la gestion du talent, à la motivation du personnel, à la productivité organisationnelle et à l’efficacité. De plus, mes traits de personnalité — je suis authentique, j’accorde beaucoup d’importance à l’atteinte des objectifs et je travaille fort — m’aideront très certainement dans le secteur privé. Parmi les plus grands défis qui m’attendent, je dois apprendre à connaître une nouvelle industrie, à comprendre le marché public et à utiliser les principaux outils financiers du monde des affaires. Les organismes à but non lucratif doivent tout de même gérer de l’argent, et en raison des outils financiers très limités qu’ils ont à leur disposition pour développer leur mission, la responsabilité fiscale est cruciale pour eux. Je pense qu’il devrait y avoir de nouvelles options de croissance pour les organisations à but non lucratif, à l’aide, par exemple, d’outils financiers similaires à ce qu’on retrouve dans le secteur privé.  

Vous êtes père de trois jeunes enfants. Votre expérience en tant que père a-t-elle fait de vous un meilleur leader? Si oui, de quelle façon?

J’ai trois enfants en bas âge et ce que je ne connaissais pas encore sur moi-même, je l’apprends maintenant. Plus précisément, je prends conscience de mes limites personnelles en élevant trois enfants de cinq ans et moins. Je crois profondément qu’il faut prendre soin du développement des enfants. Ma capacité à être à l’écoute des idées et des problèmes des enfants et d’y réfléchir m’a permis de perfectionner ma technique de questionnement ouvert et de m’assurer qu’on arrive toujours à une entente. 

Sur quoi les Canadiens se trompent-ils en ce qui concerne la Norvège?

Sur la température. Certains pensent qu’il fait plus froid en Norvège qu’au Canada, alors qu’il fait beaucoup plus froid au Canada! Ça peut en surprendre plus d’un, mais en raison du courant du Golfe, l’hiver en Norvège est tout à fait respectable, et beaucoup moins rigoureux que celui qu’on a ici. 

Dernière question — quelle est la chose sur laquelle les gens ont généralement tout faux à propos de vous?

Que je suis bon au hockey, puisque je sais patiner. Le problème, c’est que je peux seulement tourner à gauche et que je n’ai jamais tenu de bâton de hockey de ma vie. Je suis donc un véritable débutant au hockey. C’est tout de même assez surprenant pour les gens. 

Anthony Batchelor

Anthony Batchelor is a Partner in the firm's Toronto office, responsible for executive search, leadership assessment and interim management in the global technology and professional services sector...

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