Le chef de la direction d'INDOCHINO et cyberentrepreneur Drew Green, gestionnaire chevronné fier d’être canadien et spécialiste de la croissance commerciale, a consacré l’ensemble de sa carrière à rapprocher le public en ligne et les détaillants à l’aide de la publicité numérique, du commerce en ligne et des plateformes commerciales aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Canada. Drew Green a été le fondateur, le chef de la direction et le président de SHOP.CA, le premier commerce multispécialiste en ligne du Canada et l’un des plus grands détaillants en ligne du pays. Il a également occupé des rôles de direction à DoubleClick, dont Google a fait l’acquisition.

Aujourd’hui, Drew Green est à la barre de la plus grande entreprise de vêtements sur mesure pour hommes au monde.


Vous avez choisi d’être un entrepreneur. Qu’est-ce qui a motivé ce choix de carrière, et quelles difficultés rencontrez-vous encore aujourd’hui?Drew Green

J’ai toujours été attiré et inspiré par les défis les plus colossaux; une attitude que j’ai conservée en ce qui concerne mes choix professionnels. Je crois profondément qu’afin de progresser, de croître et d’atteindre mes objectifs, je dois constamment me mettre au défi et assumer les risques liés aux secteurs peu développés, au démarrage d’entreprises et à la croissance des marques.

La plus grande difficulté que j’aie rencontrée dans ma carrière est celle de concilier les exigences excessives et les sacrifices continuels requis pour diriger une entreprise en pleine croissance avec le temps qu’il faut prendre pour être un bon père et un bon mari. Cet équilibre important ne m’est pas venu naturellement en raison de ma nature et de mon ambition, mais l’apprentissage que j’en ai fait s’est avéré une expérience inestimable.

Le commerce en ligne croît chaque année, une tendance qui ne semble pas prête de se renverser. Toutefois, les magasins ayant pignon sur rue ne disparaîtront pas de sitôt. Comment les deux types de commerce peuvent-ils coexister et continueront-ils de le faire à l’avenir?

Plusieurs commerces traditionnels souffrent de la concurrence sans cesse croissante des boutiques en ligne, mais de nombreuses autres entreprises s’adaptent au marché, revoient leur stratégie de vente au détail, tant sur Internet qu’en magasin, et redoublent d’innovation. Au cours des prochaines années, nous assisterons ainsi à une transformation du secteur de la vente au détail : les marchands traditionnels devront s’adapter pour survivre, et les nouveaux venus adopteront de nouvelles approches afin d’amalgamer la vente au détail en ligne à celle en magasin dans le but d’attirer les consommateurs branchés.

Amazon est devenue une référence incontournable dans le secteur de la vente au détail. Il s’agit en fait du plus grand agent perturbateur du marché. Quel est votre avis sur Amazon? Les détaillants devraient-ils en être terrifiés?

Amazon est une entreprise pour laquelle j’ai la plus grande admiration, et contre laquelle je me suis mesuré, d’une façon ou d’une autre, tout au long de ma carrière. À mon avis, il est important de ne pas avoir peur d’Amazon, mais plutôt d’analyser les raisons de sa réussite et de chercher des manières de s’en distinguer, que l’on pense par exemple à la culture, à la gestion de la trésorerie, à la chaîne logistique, ou encore, à la stratégie, à l’approche d’investissement et au service.

Je crois que les détaillants doivent adopter des stratégies de partenariat pour faire concurrence à Amazon dans les secteurs où celle-ci détient la plus grande part de marché, ainsi que faire preuve d’un esprit visionnaire et d’une exécution sans faille. À mon avis, les détaillants n’ont pas de temps à perdre avec la peur. Ils doivent plutôt chercher à établir des partenariats stratégiques, comme l’a fait Amazon au cours des 20 dernières années pour disputer à Walmart le titre du plus grand détaillant au monde.

L’histoire d’INDOCHINO en est une de réussite incroyable dans le secteur de la vente en ligne et l’avenir semble très prometteur. Pourriez-vous nous en dire plus sur son modèle d’affaires et les raisons pour lesquelles vous croyez que l’avenir est synonyme de succès pour l’entreprise?

En 2007, lorsqu’INDOCHINO a commencé à vendre en ligne des habits et des chemises sur mesure directement aux clients, nous étions la première entreprise à proposer des vêtements sur mesure au grand public. Puis, en 2014, nous avons positionné encore davantage la marque en ouvrant des boutiques traditionnelles afin d’accroître, dans les principaux marchés, notre visibilité auprès des clients intéressés par les vêtements sur mesure, qui recherchent le service personnalisé caractéristique d’une expérience en magasin.

En 2016, nous avons fait d’importants investissements afin de favoriser l’intégration directe de nos partenaires de fabrication et de la chaîne logistique, ce qui nous a permis de réduire nos coûts et d’augmenter notre rythme de production. Ainsi, nos clients profitent de plus bas prix et de la fabrication de vêtements sur mesure la plus rapide au monde.

Contrairement à la plupart des marques de vente au détail, nous ne gardons aucune marchandise en stock dans nos boutiques. Notre modèle d’affaires nous permet donc d’obtenir, avec un espace beaucoup plus restreint, un volume de ventes similaire à celui d’autres commerces. Aussi, notre expérience de vente sur rendez-vous garantit à chaque client d’obtenir l’attention et l’expertise auxquelles il est en droit de s’attendre. INDOCHINO est maintenant un détaillant véritablement multicanal qui possède 10 salles d’exposition en Amérique du Nord, et nous comptons en ouvrir plus de 100 d’ici 2020.

Comment décririez-vous votre style de leadership dans l’ensemble, et qui vous a le plus influencé au fil des années?

Mon style de leadership a bien changé au fil des années. À mes débuts, ma grande ambition m’amenait à être trop exigeant envers moi-même et les autres. J’essaie maintenant de me montrer plus tolérant et de diriger avec ma tête et mon cœur. Je m’efforce vraiment d’apprendre et de m’améliorer sans cesse, et je peux vous assurer que c’est à mon endroit que je me montre le plus critique.

J’ai eu la chance d’avoir plusieurs mentors dans ma vie, autant des partenaires d’affaires et d’anciens employeurs que des entraîneurs de basketball. Toutes ces personnes m’ont appris à me concentrer sur les choses importantes, à ignorer celles qui ne le sont pas, et à ne pas oublier que le temps est souvent plus précieux que l’argent.

Mais c’est assurément ma famille qui a le plus influencé mon style de leadership. Ainsi, mon père m’a appris qu’on pouvait TOUT accomplir en travaillant fort et en ayant confiance en soi. Mon grand-père, un négociateur-né, m’a enseigné l’art de la vente. Ma mère m’a quant à elle montré l’importance de faire de l’argent et de s’opposer à l’intimidation, autant dans sa vie personnelle que professionnelle. Et ma grand-mère m’a inculqué la valeur de l’écoute et de l’empathie.

Finalement, il y a ma femme Andrea, qui a sans doute été ma plus grande influence en tant qu’adulte. Je lui suis reconnaissant pour son amitié, son soutien et son amour inconditionnels.

Un de vos premiers gestes à titre de chef de la direction d’INDOCHINO a été de remettre à tous les employés un exemplaire de votre livre préféré, L’Alchimiste, de Paulo Coelho. Ce roman comporte deux messages clés : aller au bout de ses rêves et accueillir son parcours à bras ouverts. Pourquoi ce livre vous parle-t-il autant?

J’ai offert L’Alchimiste à des milliers de personnes au fil des années, incluant tous les gens qui ont travaillé pour moi au fil des ans. Ce livre a une signification spéciale pour moi, car mon père me l’a donné lorsque j’ai démarré ma première entreprise alors que j’étais à l’université, me léguant ainsi, peut-être sans le savoir, une vision à long terme. L’idée d’aller au bout de ses rêves et d‘accueillir son parcours à bras ouvert est certainement au cœur du roman, mais on y trouve aussi des dizaines d’autres thèmes qui peuvent servir à tous, qu’ils soient entrepreneurs, dirigeants ou employés. Chacun est libre d’interpréter le livre à sa façon afin d’en retirer quelque chose d’unique. L’Alchimiste m’inspire à me montrer ouvert aux changements et aux défis, et à prendre des risques calculés.

Vous êtes un inconditionnel du basketball. Puisque vous habitez maintenant à Vancouver, vous vous êtes considérablement éloigné des Raptors de Toronto. Croyez-vous que Vancouver devrait récupérer son équipe de la NBA? Ou alors, est-ce que Seattle devrait retrouver la sienne en premier?

Voilà une très bonne question. Selon moi, Vancouver est une ville fantastique, pareille à nulle autre. Je crois donc que la ville de Vancouver et les gens qui y vivent méritent une équipe de la NBA, de la MLB et de la NFL.

Afin que Vancouver retrouve son équipe de la NBA, il nous faudra faire preuve de détermination, de travail acharné, d’un esprit de persuasion et d’une vision à long terme. Je crois que le Canada a largement démontré son amour pour le basketball. La preuve : les dizaines de recrues de talent que le Canada a fournies à la NBA.

Seattle est une autre région du monde très spéciale où j’ai de nombreux amis. J’aimerais beaucoup que ces deux villes puissent avoir leur propre équipe de la NBA, et non une au détriment de l’autre.

Une dernière question : à quel sujet les gens se méprennent-ils le plus souvent sur votre compte?

La question de mon héritage a souvent été évoquée au cours des dernières années, mais c’est une notion qui ne m’importe absolument pas en ce qui concerne ma carrière. Je n’ai jamais été d’avis que l’héritage d’une personne tient à sa réussite professionnelle ou à ses dons. Une chose est sûre, c’est que cette question n’a jamais motivé une seule de mes décisions d’affaires. Ma succession sera plutôt définie par le père que je suis, la façon dont j’élève mes deux garçons, et par nos liens à la fois amicaux et familiaux, que je chéris par-dessus tout.

Anthony Batchelor

Anthony Batchelor is a Partner in the firm's Toronto office, responsible for executive search, leadership assessment and interim management in the global technology and professional services sector...

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