Le lauréat du Prix du directeur financier canadien de l’année discute des enseignements à tirer d’une faillite, des raisons pour lesquelles les organisations devraient accueillir favorablement les perturbations et celles pour lesquelles les chefs des services financiers sont des candidats tout indiqués pour stimuler l’innovation.


Gord NelsonRW : Depuis que vous occupez le poste de chef des services financiers de Cineplex, l’entreprise a fait faillite, elle a été détenue par un fonds de capital-investissement et, l’an passé, elle a connu une année record. Quelle incidence ces expériences ont-elles eue sur votre façon de définir votre approche en matière de leadership?

GN : Et bien, je dis toujours aux gens que j’ai été bien chanceux de connaître des périodes plus difficiles très tôt dans ma carrière. Ces expériences m’ont permis de comprendre l’importance des relations, tant à l’interne qu’à l’externe, ainsi que celle de la confiance qui règne entre les membres de votre équipe et à l’extérieur de votre organisation. Lorsque vous avez des difficultés financières, vous ne disposez plus du pouvoir de négociation ou des avantages financiers normaux que recherchent les fournisseurs ou les employés. Vous devez pallier ces manques en misant sur de solides relations personnelles et interpersonnelles.

RW : Chez Cineplex, vous avez contribué à la mise en œuvre d’initiatives en matière d’innovation, plus particulièrement en ce qui concerne les jeux vidéo et l’affichage dynamique numérique. Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à le faire et quels conseils donneriez-vous à d’autres chefs des services financiers qui souhaitent mettre en place des initiatives semblables?

GN : J’ai tout d’abord piloté le projet d’affichage dynamique numérique. Lorsqu’une organisation telle que Cineplex s’acquitte parfaitement de ses fonctions principales, elle dispose de plus de liberté pour innover. Je me suis toujours concentré sur les mesures qui permettraient à l’organisation d’atteindre les objectifs que j’estimais qu’elle devait atteindre dans cinq ou dix ans.

Tous les chefs des services financiers élaborent probablement des plans quinquennaux ou pluriannuels pour leur organisation. Au moment de le faire, il est important de comprendre la pertinence stratégique d’une occasion en se demandant si c’est logique. S’agit-il du développement de capacités existantes? Ou alors d’un marché inexploité? Chez Cineplex, je répète souvent : « Je préfère une attitude proactive à une attitude réactive », étant donné que nous voulons mettre en œuvre les meilleures possibilités et non la première qui se présente à nous.

Je conseille aux autres chefs des services financiers qui souhaitent favoriser l’innovation de prédire de quoi sera fait l’avenir et de collaborer étroitement avec le chef de la direction pour mieux comprendre sa vision. Une fois que vous et le chef de la direction êtes parvenus à une entente, demandez aux autres membres de l’équipe de direction de commencer à communiquer cette vision à l’échelle de l’entreprise.

RW : C’est intéressant. Votre décision (à propos des jeux vidéo et de l’affichage dynamique numérique) a-t-elle fait l’unanimité ou y a-t-il des personnes au sein de l’entreprise qui s’y sont opposées?

GN : Selon moi, il se trouvera toujours quelqu’un à l’interne pour s’opposer à votre désir d’innover. Les gens sont à l’aise lorsqu’ils maîtrisent un sujet ou qu’ils peuvent accomplir leur travail les yeux fermés. Toutefois, ces deux nouveaux produits étaient à la fois innovants et ils provenaient de nouvelles entreprises. Ils comportaient davantage de risques, mais j’ai réussi à trouver les arguments qui ont su convaincre les gens. Je crois qu’éventuellement, je suis parvenu à susciter l’enthousiasme au sein des équipes internes à propos des occasions d’affaires qu’offraient ces deux marchés.

RW : Le chef de la direction actuel, Ellis Jacob, occupait auparavant le poste que vous occupez actuellement. On nous dit parfois qu’il est difficile de relever d’un chef de la direction qui occupait avant vous le poste de chef des services financiers étant donné qu’il semble avoir du mal à abandonner ses fonctions précédentes. De quelle façon avez-vous géré cette transition et avez-vous réussi à établir une relation harmonieuse?

GN : Ellis (Ellis Jacob) s’amuse souvent à affirmer que j’occupe le poste le plus exigeant au sein de l’entreprise parce que c’est celui qu’il connaît le mieux étant donné que c’était lui qu’il l’occupait auparavant. Il accorde toujours une attention particulière à certains secteurs d’intérêt, mais je peux affirmer qu’il m’a confié les rênes et qu’il me permet d’assumer le rôle de chef des services financiers à ma façon. Tout se résume à la confiance. Il faut veiller à ce que le chef de la direction ne soit jamais pris au dépourvu. J’ajouterais que, de façon générale, nous avons une vision similaire du risque et de la stratégie. Les gens disent toujours à la blague que l’un finit les phrases de l’autre.

RW : Que pensez-vous du rythme auquel les changements technologiques se produisent et des perturbations qui touchent l’industrie du divertissement? À titre de chef des services financiers, de quelle façon pouvez-vous aider l’organisation à garder le cap lorsqu’il existe tellement de façons de dévier de sa route?

GN : J’émets toujours la mise en garde suivante en ce qui concerne les perturbations : « Nous croyons peut-être avoir subi les effets de nombreuses perturbations au cours des cinq dernières années, mais celles qui nous attendent se produiront à une amplitude et à une fréquence inédites ». Nous devons tous nous préparer aux conséquences de ces perturbations sur nos entreprises.

Nous devons envisager la perturbation comme étant à la fois une chance et une menace. Lorsqu’une perturbation se produit et que de nouveaux marchés voient le jour, tous devraient se demander « Y a-t-il une occasion d’affaire à saisir? » Je crois que c’est ce que fait Cineplex. Notre magasin numérique en est un bon exemple : nous y vendons en ligne des produits auxquels nos clients peuvent accéder à la maison ou sur leur appareil mobile. Ainsi, au lieu de céder à la menace, nous avons tiré profit de ce marché alors qu’il connaissait une croissance.

RW : Quelle place occupe la mise en récit dans la façon dont vous communiquez avec vos interlocuteurs à l’intérieur et à l’extérieur de l’organisation? Utilisez-vous une formule précise pour faire accepter vos idées?

GN : J’estime que la mise en récit est un élément vital lorsqu’il s’agit de nouvelles occasions d’affaires étant donné que pour pouvoir faire accepter une idée par le conseil d’administration, notre équipe doit pouvoir la présenter par écrit de façon convaincante. Pour expliquer une occasion d’affaire à différents intervenants, il faut en avoir analysé les aspects en détail, mais pour aider ces gens à bien saisir tout ce que représente cette occasion, une mise en récit devient très importante.

Lorsque j’investis d’autres secteurs d’activité, plus particulièrement s’il s’agit d’un nouveau secteur, je communique deux points essentiels à nos investisseurs. Le premier est la raison pour laquelle nous pouvons connaître du succès dans ce secteur et les compétences que nous avons acquises qui nous permettent d’y réussir. Le deuxième vise à leur donner une idée de ce qu’est cette occasion d’affaires en les invitant à l’envisager d’une façon qu’ils comprennent et en la leur expliquant en des termes qui ne sont pas inutilement techniques.

RW : Connaissez-vous un truc pour parvenir à un équilibre dans votre vie étant donné les exigences inhérentes au poste de chef des services financiers d’une société ouverte d’envergure?

GN : Je crois que ça se résume à la planification. J’essaie de commencer ma journée tôt le matin et de limiter les soirées réservées à des activités professionnelles. J’essaie également de consacrer mes soirées et mes week-ends à ma famille, mais c’est parfois difficile.

RW : Quel est le film qui vous a le plus influencé lorsque vous étiez jeune et pour quelle raison?

GNVoilà une question simple. Il s’agit d’Apocalypse Now. C’est la première fois que je voyais un film dont la musique – un volet vraiment important du film – était fantastique. Non seulement j’ai adoré ce film, mais j’ai également lu le livre à l’école et, dans le cadre de mon cours d’anglais, j’ai rédigé une analyse comparative du film, du livre et de l’une des chansons du film, The End du groupe The Doors.

Ross Woledge

Ross Woledge is a Partner and CFO Practice leader for Odgers Berndtson Canada and is a member of the Financial Services Practice. He leads CFO and senior financial officer searches for clients acro...

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