Écotechnologies : les leaders canadiens sont-ils prêts à agir?

28 oct. 2019

Écotechnologies : les leaders canadiens sont-ils prêts à agir?

Le Canada mise sur l’énergie propre, mais dispose-t-il de dirigeants capables de faire croître le secteur? Elaine Grotefeld nous donne quelques réponses.

Il y a à peine quatre ans, je discutais avec des gens à Londres quand quelqu’un a utilisé le néologisme « écotechnologie ». Plus de la moitié des gens dans la pièce ne l’avaient jamais entendu. 

Le concept des écotechnologies ‒ technologies propres ou technologies vertes ‒ est plus répandu aujourd’hui, mais qu’en est-il exactement? Quel rôle crucial jouent les écotechnologies? Pourront-elles contribuer à éviter à la planète de sombrer dans le gouffre? Dans l’affirmative, quelles sont les technologies d’avant-plan? Qu’est-ce qui retarde leur émergence, et que pourraient faire les entreprises, le gouvernement et la société pour accélérer les choses?

Les « écotechnologies » regroupent toutes les technologies destinées à gérer un enjeu environnemental. Certaines ont des effets progressifs, comme les solutions d’éclairage ou de chauffage écoénergétiques, alors que d’autres sont révolutionnaires, comme les systèmes de capture du carbone qui évacuent le CO2 de l’atmosphère à la manière d’aspirateurs géants.

« Notre seule chance de respecter un tant soit peu les objectifs de la COP21 de Paris repose sur les nouvelles technologies propres », affirme Wal Van Lierop, associé fondateur et président directeur de Chrysalix Venture Capital, l’une des plus importantes sociétés de capital-risque du pays dans le domaine des technologies durables.

Pour sa part, Paul Austin, associé de la société-conseil vancouvéroise en regroupements d’entreprises Fort Capital Partners, spécialisée dans l’écotechnologie, nourrit « l’espoir qu’en tant qu’êtres intelligents, nous saurons user d’innovation pour réparer nos dégâts ». 

Propre et sûre, sans radioactivité

Établie à Vancouver, la société General Fusion travaille à mettre sur pied – en primeur mondiale – une centrale de fusion nucléaire commercialement viable pour offrir sur demande de l’énergie propre et sûre (non radioactive) à l’échelle industrielle. Wal Van Lierop y voit le « Saint-Graal de l’énergie renouvelable ». 

Grâce à son installation pilote, Carbon Engineering (CE) s’attire une reconnaissance mondiale comme chef de file de la capture et de l’élimination de carbone. La société mise sur la technologie CAD (Direct Air Capture), à savoir un système de capture directe du CO2 dans l’air en vue de l’enfouir ou de créer des carburants de transport carboneutres. L’entrée en service de sa première centrale commerciale (issue d’un projet conjoint avec l’entreprise américaine Oxy Low Carbon Ventures) permettra d’éliminer 500 kilotonnes de dioxyde de carbone par année. Le chef de la direction de CE, Steve Oldham, compare son action au « travail de 20 millions d’arbres ». 

L’élimination du carbone est pour lui le seul moyen écotechnologique de s’attaquer à « 95 % » du problème, c’est-à-dire à l’ensemble du CO2 déjà dans l’air et aux 37 milliards de tonnes qui sont produits en plus tous les ans, selon un récent rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement.  « Nous sommes en quelque sorte les éboueurs de l’atmosphère », indique Steve Oldham.

Innovation, Sciences et Développement économique Canada évalue le marché mondial actuel des écotechnologies à environ un billion de dollars américains. Il devrait dépasser les 2,5 billions d’ici 2020.

Toutefois, des obstacles importants continuent d’entraver les progrès. 

Ils ont grandement à voir avec l’inertie réglementaire et les problèmes de capital, de mise en marché et de leadership. C’est ce que nous apprend notre expérience collaborative avec des sociétés écotechnologiques d’avant-garde et nos échanges avec des experts de l’industrie.

Commercialisation, capital et évolutivité

Malgré l’abondance d’idées novatrices, il demeure difficile de convertir une technologie de R-D en solution viable et adaptable, prête pour le marché.

Adepte de la première heure des technologies propres, l’investisseur et militant torontois Nicholas Parker – initiateur du terme « écotechnologie» au début des années 2000 – souligne qu’il y a souvent un monde entre une idée et les besoins du marché. « Une innovation qui voit le jour dans une firme écossaise, par exemple, peut s’avérer utile en Inde », explique-t-il.

« Il faut s’intéresser davantage aux possibilités de coentreprise, de contrats de licence, de partenariats et d’acquisitions. » 

« La mobilisation de capitaux est probablement ce qui exige le plus d’efforts des sociétés d’écotechnologie », explique Nancy Wright, chef de l’exploitation du groupe canadien GLOBE Series, qui organise des événements de concertation sur les pratiques commerciales durables. Il va de soi que la plupart des technologies industrielles en cause sont hautement complexes et capitalistiques.

Heureusement, le contexte ne cesse de s’améliorer vu la nouvelle vague de capitaux patients, provenant notamment de joueurs très bien nantis comme Bill Gates et Jeff Bezos, qui investissent massivement dans Carbon Engineering et General Fusion, respectivement.

Aussi, les investisseurs stratégiques emboîtent le pas, que ce soit en achetant de jeunes sociétés d’écotechnologie ou en s’y associant pour dégager une rentabilité assortie de bienfaits environnementaux. Le géant américain de l’énergie Cummins, entre autres, a fait l’acquisition d’Hydrogenics, un fournisseur canadien en premier développement de piles à combustible à hydrogène, pour la somme de 290 M$ US.

Dirigeants recherchés

Un défi courant lié au leadership pour les sociétés écotechnologiques en démarrage consiste à passer du stade de R-D à celui d’entité commerciale viable. S’il est essentiel de faire appel à des scientifiques et à des innovateurs techniques pour concevoir et élaborer une technologie inédite, il faut généralement s’appuyer sur un chef de direction qui sait user de son flair professionnel pour la mise en marché. À cette étape, les habiletés – et la détermination – comptent plus que l’expertise sectorielle. 

Steve Oldham, chef de la direction de Carbon Engineering (CE), donne l’exemple. Il a mis fin à une carrière de plus de 20 ans au sein de l’entreprise technologique MDA ‒ qui affiche un chiffre d’affaires de 2,14 G$ US ‒, pour piloter la transition de CE à partir du stade de R-D. À ce jour, il a amassé un financement de 100 M$ et conclu un partenariat avec une société de Houston, Oxy Low Carbon Ventures, pour la conception et l’ingénierie de la plus grande centrale mondiale de capture directe de CO2. À peine 18 mois après son entrée en fonction, il a le vent dans les voiles.

Steve Oldham a plongé parce qu’il s’est senti interpellé par la mission de CE et qu’il savait comment mettre ses aptitudes à profit pour commercialiser des technologies complexes et capitalistiques dans un cadre mondial strictement réglementé. Les sociétés en démarrage ont besoin de dirigeants comme lui pour se structurer et établir une vision stratégique ‒ des leaders qui savent les « présenter » au monde extérieur en se montrant par ailleurs novateurs, entreprenants et ingénieux. Des communicateurs hors pair.

Pour réussir comme chef de direction dans les écotechnologies, les habiletés et la détermination comptent plus que l’expertise sectorielle, dit Steve Oldham.

Wal Van Lierop estime que les firmes de recherche de cadres et les services de RH des grandes entreprises doivent en faire plus pour soutenir l’investissement dans les technologies propres et la disponibilité des solutions d’écotechnologie, surtout au chapitre du recrutement et du développement de dirigeants : « Les RH relèvent d’un système immanent qui dissuade les cadres intermédiaires de favoriser l’innovation – un changement s’impose. Il faudrait jalonner le cheminement professionnel d’incitatifs liés au risque et à l’innovation. »

Vu la popularité grandissante des solutions d’IA et d’autres technologies de rupture en écotechnologie, Nancy Wright de GLOBE Series croit qu’au-delà des scientifiques, des ingénieurs et des dirigeants compétents, « les employés versés en technologie joueront un rôle majeur pour faire croître l’économie propre à l’échelle mondiale ».

Compétences requises

Le secteur écotechnologique doit s’attirer un vaste éventail de professionnels motivés : scientifiques, ingénieurs, experts en codage/IA, spécialistes en marketing, directeurs financiers et chefs d’opérations stratégiques. Les occasions intéressantes foisonnent. À preuve, le Canada représente 8 % du marché américain – on y trouve plus de 850 sociétés d’écotechnologie qui emploient quelque 55 000 personnes (dont certaines à l’extérieur du pays). Le champ d’action est manifestement d’envergure internationale du point de vue des technologies et des talents. La plupart des sociétés d’écotechnologie que nous servons au Canada ciblent divers marchés aux États-Unis, en Europe et en Asie.

Compte tenu des enjeux, l’innovation dans le secteur des technologies propres entraînant l’adoption et le succès des solutions devrait sans conteste dominer les préoccupations économiques actuelles.

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